AIDE DE JEU

Lettre-journal trouvée avec le peigne

La Vieille aveugle que j’ai vue dans mes rêves, je suis sûre que c’est celle là que j’ai vue il y a perpette devant chez moi !

Je suis pas folle, Sonyeo m’a trompée avec elle ou avec sa patronne, sinon pourquoi il serait parti ? Je les ai vues dans mes rêves, les deux.

Enfoiré, je le déteste de tout mon âme. Sonyeo… je suis pas prête de lui pardonner d’être parti comme ça. Il nous a abandonnées, avec Sijga. Ça fait des mois que je me débrouille toute seule avec la gamine… elle me demande où est son père, et moi je n’ai rien à lui répondre, parce que je ne sais rien.

Je suis sûre que cette femme qui est venue, c’est celle de mon rêve. Cette vieille femme, avec ses yeux blancs laiteux d’aveugle et sa tignasse grisonnante. Elle peut toujours porter de beaux vêtements, c’est quand même qu’une sale servante de la haute qui vient se la ramener jusque sous mes fenêtres.

Elle veut son peigne ? Bin elle peut toujours s’asseoir dessus ! Quelle pétasse !

« Bonjour je m’appelle Ishi ». Je vais t’en donner moi ! Je l’ai virée de là pour de bon je crois cette fois. Elle est revenue cinq jours, en disant qu’elle savait que le peigne était là, qu’il « n’avait de valeur que sentimentale ». Sentimentale, mon cul !

C’est elle la femme de mes cauchemars. Elle coiffe l’autre avec ce peigne, celui que Senyeo a laissé à la maison en partant comme un voleur. Il est entré ce jour là, avec le chose. Il a dit qu’il y avait moyen de se faire un max de pognon. Il l’a planqué au fond du jardin et il a dit qu’il voulait le vendre à un noble d’ici. Il savait déjà à qui.

Mais le lendemain il était tout chamboulé, il s’est levé, il a déjeuné à peine et il est parti sans un mot. Depuis je l’ai plus jamais revu. Il a oublié le peigne dans sa cachette.

Je l’ai retrouvé quand j’ai voulu arracher les pieds de glycine pour faire de la place au fond du jardin. Je sais quand même ce que j’ai vu ! C’est la femme des rêves, je le sais !

Personne veut me croire ici !

Ce sont tous des lâches, Si j’avais pas eu la petite avec moi, je serais partie à Ynystère sur sa trace, et j’aurais pu prouver tout ce que je dis depuis que j’ai le peigne.

Il faut croire ce qu’on voit en rêve ! Surtout si on peut enfin s’en rappeler. Après des mois de cauchemars, maintenant je sais ce que j’ai vu. Cette vieille aveugle, sapée à l’ancienne, elle coiffe sa patronne qui a de très longs cheveux. Les deux sont dans une pièce sombre, éclairée à la bougie. Les meubles sont super beaux comme dans un palais… Dans la chambre il y a des statues tellement parfaites qu’on pourrait croire que c’est des gens qui sont là, debout les bras le long du corps. Certains sourient, d’autres grimacent.

Quand je raconte ça on me dit que je suis timbrée ! mais la vieille aveugle est venue chez moi pour du vrai, pas en rêve cette fois !

Comment elle savait que le peigne était là ? Même moi je le savais pas ! A ce moment là je croyais encore que Sonyeo était parti avec son trésor !! Et depuis que je l’ai retrouvé, je sais ! Et personne veut me croire.

Je suis pas folle pourtant ! Il faut me croire !!

Voilà maintenant je veux plus voir de truc près de chez moi, je préfère pas me rappeler des rêves finalement. Je laisse ça là, et si vous le trouvez, après ma mort, qui que vous soyez,  alors méfiez vous, ce peigne est maudit. Il file le bourdon, il rend les maris infidèles, et il fait crever les glycines.