Un Bracelet très ancien

de Makie :

Makie ne put réprimer un cri de joie en découvrant dans la bourse de Jani le bracelet tant convoité. Jani était plus mort que vif et elle avait procédé à une fouille en règle après s’être assurée que tout le monde était soigné. Cette quête s’avérait finalement productive mais sa satisfaction était gâchée quand elle regardait l’état de ses compagnons. Daruma avait entendu l’exclamation de joie et Makie s’approcha de lui pour lui montrer sa trouvaille. Il ne put réprimer sa surprise et cette fois Jeon, le bijoutier expert, prêta l’oreille. Il fallait prendre une décision, montrer le bracelet ou le dissimuler.
Makie analysa rapidement la situation, elle était la seule à peu près valide, son bras était douloureux et l’adrénaline diminuant, s’ankylosait petit à petit et bientôt il serait inutile. Mais elle savait que dans deux jours cela n’y paraîtrait plus et sa découverte lui donnait un regain d’énergie. Clodie était évanouie, Eien ne valait guère mieux, Zephyr essayait de se remettre de se blessures, mais il n’était déjà pas en forme avant tout cela, Daruma était conscient mais sérieusement blessé. Le plan initial qui était de s’emparer de Jani et de s’enfuir en ouvrant un portail n’était clairement plus de mise. Les attaquants avaient été mis en fuite, ils avaient gagné un temps de répit et pouvaient se considérer momentanément en sécurité avec le garde de Jeon devant la porte qui lui n’avait pas été blessé et avait fait preuve d’une redoutable efficacité. L’idée de partir seule avec le bracelet ne l’effleura pas, les quelques jours passés à Austera avaient renforcé son attachement à Eien et Clodie. Quoiqu’il en soit, sans leur intervention, le bracelet serait aux mains des agresseurs inconnus, le prix avait été lourd, aussi elle estimait que dorénavant le bracelet était leur propriété légitime.

Il y avait un risque à montrer le bracelet à Jeon mais celui-ci ne pouvait être le complice des attaquants. Si cela avait été le cas, il aurait plus logique que l’attaque se déroule discrètement dans la boutique de Jeon et son garde ne serait certainement pas intervenu. L’expertise de Jeon pouvait être précieuse : le bracelet était-il authentique ou bien un faux habile ? Qu’elle pouvait être sa provenance ? Autant de questions auxquelles Jeon pourrait sans doute répondre.

Sa décision prise, elle se dirigea vers le comptoir et s’adressa à Jeon :
« Je crois que vous allez pouvoir finalement procéder à l’expertise »
Jeon prit un air étonné et ne put réprimer sa surprise quand Makie déposa le bracelet sur le comptoir.

 

Sur le chemin du retour vers l’auberge, Makie se dit que l’interrogatoire aurait pu se passer plus mal. Certes ils ne pouvaient pas quitter Austera mais ils étaient libres. Par chance, le garde les avait interrogés tous ensembles, ce qui leur avait permis de ne pas donner des versions contradictoires. Dans de pareilles circonstances, Makie savait que la meilleure tactique était d’essayer de ne pas mentir en révélant toutefois le minimum. Elle avait bien entendu nulle fait mention du bracelet, ils étaient venus à Austera rechercher leur voisin Jani et l’avait naturellement défendu quand celui-ci avait été attaqué. Quand le garde avait dit qu’il embarquait les blessés inconscients pour les mettre sous la responsabilité d’un médecin mais sous bonne garde, elle fut toutefois obligée d’improviser. Jani s’apercevrait inévitablement qu’il n’avait plus le bracelet sur lui. Quelle serait alors son attitude ? Difficile de le prévoir. Elle avait donc distillé l’information qu’un des attaquants qui s’était enfui avait peut-être fouillé Jani et pris quelque chose sur lui. Le garde menant l’interrogatoire semblait avoir mordu à l’hameçon.
Restait à savoir ce que l’attaquant survivant allait bien pouvoir raconter lors de son interrogatoire à la caserne. Certes sa version contre la version concordante de Makie, Daruma, Clodie et Zéphyr, ne pèserait peut-être pas lourd mais il fallait s’attendre à de possibles surprises. Elle ne pouvait de toute façon plus rien faire maintenant qu’il avait été envoyé à la caserne. Une aggravation fatale de son état aurait été préférable, mais il avait été impossible d’organiser cette « aggravation » devant autant de témoins.

Son bras lui faisait mal et n’était plus maintenant qu’un poids lourd et inerte. Mais la douleur restait largement supportable et maîtrisable. De toute façon, il n’était pas question de prendre quoi que ce soit risquant d’altérer sa vigilance. Elle regrettait d’ailleurs la gorgée d’alcool que Nyssah lui avait offerte. Clodie était visiblement encore sous le choc, marchant, accrochée au bras valide de Makie, comme une automate. Makie espérait qu’un peu de repos lui permettrait de reprendre ses esprits. Elles avaient rendez-vous avec Jeon en début d’après-midi pour expertiser le bracelet.

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la « suite » par Makie toujours :

Elles reprirent le chemin de l’auberge. A ses côtés, Clodie semblait bouder, Makie ne pouvait lui en vouloir : tout ce temps passé à Austera pour finir par ne pas être beaucoup plus avancées qu’à leur arrivée. Elles avaient possédé le bracelet quelques heures, le temps de le faire expertiser et cela n’avait pas été du temps perdu. Le bracelet était bien un objet inestimable, un artefact remontant à des temps anciens, tout droit sorti des légendes. Mais la jubilation de cette découverte avait été bien brève.

Lorsqu’elles avaient été enlevées, Makie avait bien cru que leur aventure s’arrêterait là. Elles avaient été conduites dans une maison, un palais plutôt, et un homme masqué, de toute évidence le propriétaire les avait interrogé. Makie avait bien connu ce genre d’homme, dans une autre vie, elle en avait servi un, il lui était même arrivé d’en éliminer d’autres qui faisaient de l’ombre à son maître. Les types comme lui pouvaient être éminemment dangereux, ils avaient l’argent, donc le pouvoir et la plupart du temps ils ne s’embarrassaient pas de scrupules, surtout s’il s’agissait de défendre ce qu’ils possédaient.

Peut-être sa paranoïa lui avait fait percevoir la situation plus dangereuse qu’elle ne l’avait été en réalité, peut-être que l’homme n’avait jamais eu l’intention de leur faire du mal et qu’il souhaitait simplement les interroger. Mais cette paranoïa faisait qu’elle était encore en vie alors que son chemin aurait pu maintes fois s’arrêter. Depuis que les hommes de main étaient entrés dans la boutique de Jeon, Makie s’était sentie sur le fil du rasoir, aussi fidèle à sa tactique, elle avait révélé tout ce qui lui paraissait ne pas entraîner trop de conséquences et permettrait de gagner la confiance de son interlocuteur. Elle n’avait rien dit du reste. Entre autres et ce n’était pas la moindre des choses que Foehn était toujours vivant. Fort heureusement Clodie avait suivi, n’intervenant que pour confirmer ses dires. Sans se l’avouer, elle s’attachait de plus en plus à la jeune femme, sa naïveté aurait pu l’agacer, elle qui ne croyait à pas grand chose, au contraire, elle l’enchantait, si le destin avait été différent, elle aurait pu être ainsi. Elle avait donc redoublé de prudence dans ses rapports avec l’homme masqué, elle ne voulait pas qu’il arrive quoi que ce soit à Clodie. Si les choses avaient mal tourné, elle aurait volontiers monnayé sa vie contre la sienne. A avoir si souvent côtoyé la mort, celle-ci ne lui faisait pas peur.

L’homme s’était révélé être le véritable propriétaire du bracelet. Il n’avait, à ses dires, rien à voir avec ceux qui avaient attaqué Foehn à Hatora, ni avec ceux qui avaient attaqué Jani. Il possédait le bracelet depuis un certain temps semble-t-il et il ne l’avait jamais fait expertiser, se doutant pourtant de ce qu’il avait d’exceptionnel. Et il tenait à ce que l’existence du bracelet reste caché.

Cependant il leur avait laissé la vie sauve, sans réellement exiger leur silence. Bien sûr il allait lancer la rumeur que celui-ci n’était qu’un faux habile, mais elles savaient la vérité. Son ancien maître n’aurait pas eu cette mansuétude. Il n’avait pas semblé non plus curieux de connaître l’identité de celui qui lui avait volé, ni tenter de le récupérer sur la personne de Jani. Etait-ce une manœuvre ? Peut-être en connaissait il en fait l’identité ? Ou bien était-il déjà sur sa piste ? Ce qui était certain c’est qu’il n’avait pas envie qu’elles s’en mêlent.
Au passage, Makie avait récupéré un livre de Tamzen sur l’histoire du théâtre, cela intéresserait surement Daruma. On y apprenait que la plupart des directeurs avaient eu des sorts funestes : suicide, assassinat, disparition… Rien ne leur avait été épargné. Makie avait trouvé l’exemplaire dans une pièce qui ressemblait au débarras d’un collectionneur ne sachant que faire de ses possessions tant il y avait d’objets entassés. Au milieu d’objets de valeur, il reposait dans un coin parmi une collection de livres identiques. Il était étrange que leur ravisseur en possède autant d’exemplaires, surtout dédicacés en blanc de la main même de leur auteur. Encore une question qui risquait fort de rester sans réponse.
Makie haussa les épaules, se concentrant sur l’essentiel : elles étaient en vie. Elle inspira à fond, emplissant ses poumons de l’air marin. Un jour nouveau naissait, les rues d’Austera commençaient à s’animer, elle avait hâte de retrouver les autres et qu’ils puissent rentrer enfin à Hatora.